Billet d’humeur – Covid-19 : le Culte passe, la Culture trépasse !


Le gouvernement en autorisant la réouverture des lieux de culte alors que les théâtres, salles de cinéma, salles de concerts, cirques restent fermés a établi une hiérarchie entre le culturel et le cultuel que rien ne justifie. Les artistes ont beau manifester, pétitionner pour alerter sur les conséquences dramatiques dans lesquelles ils sont plongés, le gouvernement reste sourd à leurs demandes ! Mais il aura suffi à l’Église catholique et autres cultes – subventionnés grassement par nos impôts – d’un froncement de sourcils pour que le gouvernement se mette au garde-à-vous et obtempère. Pour le gouvernement les Eglises font partie de la réponse collective pour faire face à la crise hospitalière !

Nous pourrions avancer que psalmodier des Ave Maria, des sourates, des prières, s’accommode fort bien du bâillon, à la différence de la liberté de paroles portée par les saltimbanques.

« La réouverture des églises doit être mise en œuvre par les autorités civiles en dialogue avec les institutions ecclésiales » Père Barrios Prieto, secrétaire général de la COMECE.1

Il est vrai que cette décision ne nous surprend pas. Les cléricaux sont toujours présents et agissants, ils n’ont jamais quitté le pouvoir. Alors que le lien entre les Églises et l’État – l’Église catholique étant privilégiée – ne s’est jamais abîmé dans cette terre concordataire qu’est la Belgique, et donc n’a pas lieu à être réparé, le gouvernement libéral-chrétien Charles Michel, le grand ami du réactionnaire Macron, a institué, à l’image de l’Europe vaticane, un Conseil du dialogue « entre les autorités civiles, les organes représentatifs des cultes reconnus et les organisations philosophique non confessionnelles reconnues ».2

Mais la colère gronde parmi la population. Et c’est donc tout naturellement que le Conseil du dialogue, sorte de conseil œcuménique, est consulté pour gérer la crise sanitaire et hospitalière. C’est du donnant-donnant, sonnant et trébuchant chez ces gens-là !Le gouvernement compte bien, en échange des deniers publics, un juste retour en sa faveur de la part des églises. Les sermons, les prêches… même virtuels pour faire espérer un au-delà béat peuplé de mille vierges ou non, et tenter de faire oublier l’injustice des politiques menées aujourd’hui comme hier, tels des mani korlo se répandent dans les airs confinés des lieux de culte.

En clair, le gouvernement demande un coup de main aux religieux pour faire prendre aux bons peuples de notre pays, des messies pour des lanternes !

Patrick Jeda
Bruxelles, le 25 février 2021

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1. http://www.comece.eu/la-libert-de-religion-en-jeu-dans-le-cadre-de-la-lutte-contre-le-covid-19

2. https://www.koengeens.be/news/2017/05/17/transcender-la-polarisation-en-rassemblant-les-differentes-religions-et-convictions-philo